Dave Luxe roule lentement mais sûrement

On a tous nos petites adresses-url préférées qu’on garde jalousement comme une bonne weed. Moi comme je suis partageur, je vais vous faire tourner quelques coins à sons-champignons. Pour la musique rappée, je suis tombé un jour sur le site d’un fou qui semblait ne jamais arrêter de poster et de concocter des sons du sud des USA, comme j’en suis friand, j’ai mis ça dans mes favoris à côté du magic button et du Pôle Emploi.fr.

Rencontre de type standard avec le tenancier du site Driveslowhomie.com, Dave Luxe, un de ces activistes qui sont tellement prolifiques et passionnés qu’ils redonnent l’envie de mettre la tête dans le guidon, avec ou sans produits dopants, fieu.

– Donc Dave Luxe, comment et pourquoi as-tu commencé dans le son?

Dave Luxe, DJ, producteur, (ex-)promoteur de soirées, membre du crew Regulate, et depuis peu webmaster du blog Drive Slow Homie dédié au rap sudiste. Originaire de Bruxelles, je suis dans le son depuis presque 10 ans maintenant. J’ai commencé par mixer de l’électro, mélangeant des trucs européens style Clone, Viewlexx et américains genre Cybotron, Aux88 ainsi que pas mal de trucs 80’s de B.Boy et même de l’italo-disco !

Avec le temps et les rencontres, je suis tombé dans la Miami bass, ghettotech, booty house, etc. Comme je viens plutôt du hip-hop à la base, j’ai tout de suite accroché avec ces styles méconnus qui combinent les tempo rapides, les grosses basses, et les vocaux salaces. En même temps j’ai commencé à m’intéresser à la culture musicale du Sud des Etats-Unis et j’ai découvert des groupes comme Three Six Mafia, 8Ball and MJG, U.G.K., etc.

– Comment as-tu connecté avec les différentes scènes locales des états sudistes et particulièrement de l’Alabama?

En continuant sur cette lancée, et l’âge commençant à se faire sentir, j’ai commencé à délaisser un petit peu la musique « club » en 2012 pour me consacrer à ce que j’apprécie vraiment par dessus tout, ce que j’écoute tous les jours que ce soit chez moi ou quand je ride en bagnole : ces fameux country rap tunes. Pour ceux qui ne savent pas vraiment ce que cela signifie, c’est ainsi que Pimp C (qui formait le groupe mythique U.G.K. avec Bun B, que son âme repose en paix) appelait leur rap. Les compos sont plutôt basées sur la mélodie, avec souvent des instruments joués live (basse, guitare, claviers, etc) et un tempo très lent, adapté à la vie sous le soleil, la weed et la codéine.

J’ai commencé à produire des beats rap donc, avec un premier remix pour Sinden et les G-Side, qui est (enfin était, puisqu’ils se sont séparés il y a quelques mois) le groupe le plus influent d’Alabama, internationalement parlant. J’ai ensuite été contacté par un autre membre de leur collectif Slow Motion Soundz pour remixer un de leurs artistes, Zilla, et de là j’ai commencé à me faire quelques contacts autour d’Huntsville.

Tout va très vite maintenant avec Twitter, une fois que ton nom tourne un peu tu peux rapidement te retrouver à causer avec tout le monde ! Juste après ça GMane est entré en contact avec moi et je lui ai envoyé ce beat pour le morceau « Hustle Hard », qui est sur le premier Late Nite Ridin Musik. Nous avons alors décidé de travailler sur le volume 2 ensemble, qui est sorti peu de temps après. J’en ai d’ailleurs profité pour faire une interview de lui, assez longue d’ailleurs, qui est disponible sur le blog Drive Slow Homie.

C’est plus ou moins à ce moment là aussi que je suis entré en contact avec le groupe A.F.A.C., dont j’avais bien kiffé le premier album « One For The Ages ». Je leur ai produit un premier single « Losing My Religion » et puis comme l’alchimie fonctionnait bien nous avons décidé de faire tout un EP en collaboration. C’est comme ça qu’est né le projet « Bama 2 Brussels« . Le titre du disque symbolise vraiment la connection qui existe entre eux et moi, ce n’est pas juste du business. On est en contact toutes les semaines, ce sont devenus des potes.

– Là tu reviens de l’Alabama, c’est la première fois que tu y allais? Et en règle générale quels sont les avantages et les inconvénients de travailler via le net?

Comme les mecs du groupe projetaient de tourner un premier clip extrait du EP, on s’est dit que ce serait vraiment cool si je pouvais être dedans. Je me suis dit OK c’est maintenant ou jamais, donc je n’ai pas trop réfléchi et j’ai pris un billet d’avion pour Huntsville, Alabama. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre une fois sur place, mais ça a été une expérience énorme. Les mecs sont vraiment cool, on s’est super bien entendu, j’ai rencontré énormément de homies à eux, et on a vraiment bien chillé. On en a profité pour bosser sur des nouveaux morceaux, environ 5 sur une semaine. C’est vraiment autre chose de bosser avec les artistes en vrai, il y a un vrai échange qui se passe, mais malgré tout c’est plus facile pour moi de composer seul dans mon studio, avec mon matériel. Sans vraie infrastructure derrière ce n’est pas évident, mais ça reste une bonne expérience quand même. Les beats qu’on a sortis là-bas sont fous !

– A quoi te sert le site Drive Slow Homie, uniquement pour la promotion ou est-ce une rampe de lancement vers une sorte de « label » ?

Le site est assez nouveau, on l’a sorti l’été passé si ma mémoire est bonne. C’est vraiment parti d’un délire avec mon pote Franz, qui est un des plus gros amateurs de country rap tunes de Bruxelles. C’est vraiment la seule personne avec qui je peux discuter de nouveautés en rap, du moins en dehors du web ! Comme il n’y avait pas vraiment de site dédié uniquement aux country rap tunes on s’est dit que ce serait pas mal d’en faire un et on s’est jeté à l’eau. Il s’est occupé du graphisme, moi du codage, et au niveau du contenu c’est un peu chacun notre tour. A vrai dire on ne se prend pas trop la tête là-dessus, il faut que cela reste fun. On le fait uniquement pour l’amour de l’art donc on ne va pas se mettre des pressions inutiles non plus. J’aurais aimé que cela puisse devenir un genre de label mais honnêtement je n’ai pas le temps de me lancer dans ce genre de trucs maintenant, je veux me consacrer entièrement à la production.

– Les compilations Drive Slow Homie sont devenues en trois volumes des références du genre, comment travaillez vous dessus?

Au niveau des mixtapes Drive Slow Homie c’est un genre de best-of de ce qui est sorti pendant les dernièrs mois. On sait que les gens ne vont pas spécialement écouter tout ce que l’on poste donc je vais faire une sélection sur mesure avec mes coups de coeur, le tout spécialement taillé pour rouler en voiture bien entendu. Mais ça passe très bien posé chez toi aussi. Au niveau des tapes c’est plutôt moi qui fait le job, même si Franz me donne un coup de main pour la sélection, et c’est lui qui a fait le design des pochettes évidemment.

– Il t’arrive de performer en live, tu fais juste des selections ou est-ce que tu pratiques un peu de DJing ?

Bien sûr ! Même si je focalise plutôt sur mon activité de producteur hip-hop en ce moment, je reste un DJ à la base. Je joue toujours à gauche à droite à Bruxelles et en Belgique, mais aussi à l’étranger. Je reviens d’ailleurs d’une tournée au Québec. J’ai eu l’occasion de jouer 2/3 gigs au dernier SXSW également, de tourner en Chine grâce à mon homie Captain Weedo, j’ai joué en France, Allemagne, République Tchèque… J’aime bien voyager donc j’essaye d’en profiter pour me faire des connections et trouver des dates.

Mais je ne vois plus vraiment ma carrière en tant que « DJ », j’essaye vraiment de faire mon trou dans la production de beats en ce moment. Puis je suis de moins en moins attiré par la musique club, ce qui est évidemment un problème quand c’est ton crédo depuis 10 piges ! Heureusement il y a de plus en plus de demande pour du hip-hop (même si c’est plutôt du classique et pas du dirty south) donc ça permet de rester dans la course !

– Pour finir quels sont les projets à venir ?

Il y a pas mal de trucs qui se préparent. Je viens de terminer un EP 5 titres avec Llac un artiste d’Atlanta, cela va sortir très bientôt. Il est managé par un gars d’Huntsville d’où la connection, et je risque de bosser avec d’autres gars de leur team bientôt, il y a une deuxième EP avec les A.F.A.C qui sortira dans un mois ou deux. J’ai également un EP en préparation avec Obs Onzedead un artiste Bruxellois, ce sera la première fois je pense qu’on va fusionner les styles country rap et rap français. J’ai également plusieurs titres en préparation avec Yellaman un jeune MC très prometteur de Dallas. On en a sorti un premier qui a bien cartonné donc on va bosser sur la suite et qui sait peut-être en faire un EP aussi.

Sinon je commence à avoir de la demande à gauche à droite pour des beats donc je focalise sur la prod à 100%, même si je continue à jouer en club (on est à Paris le mardi 15 janvier au Social Club, avec Nah Like, Juke Ellington et DJ Kesmo) et à concocter des mixtapes !

Credits photo @Dave Luxe.
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@_LM_R
(originellement publié sur dasswassuppointcom