Mots-clefs

, ,

Avant, je prenais le stylo et je racontais les concerts de la veille.
Maintenant aussi, mais ce sont de touches dont je me sers.

Hier soir (si tu lis aujourd’hui s’entend), le Ferrailleur (sympathique café-concert dont la liste des hôtes est déjà légendaire) accueillait un ticket états-uniens composé de Jean Grae et du kiki de tous les kikis, Pharoahe Monch. De quoi faire sortir de sa tanière le plus casanier des suricates.
Sans trop se faire attendre, sans être à l’heure non plus, c’est d’abord Jean Grae qui apparait, accompagnée de sa choriste dont le nom ne m’a pas paru évident à retenir et à l’intérieur de laquelle on pourrait facile mettre une paire de Jean.
Toute d’agressivité rieuse, la maîtresse des battles new-yorkais nous sert un set survitaminé par son fast rap intelligible. Le tout parsemé ça et là de quelques saynètes amusantes, prenant ainsi vigoureusement à partie les membres fatigués de cette fosse molle, comme un dimanche soir. On notera la présence aux 1’s&2’s de Mr Len, de Company Flow, on le notera d’ailleurs avec une certaine complaisance (3,5/5 en artistique, 4/5 en technique).

Vint après cette mise en bouche déjà bien consistante le tour de ce qu’on appelle désormais en ville « la bande à Monch », une arche de noé, un bataillon désordonné, une équipée so vage. On va rapidement passer sur la prestation d’ensemble, Pharohae Monch un poil en roue libre, sûrement en fin de week-end chargé/sortie de restaurant arrosé lui aussi. Mais tout de même largement au-dessus de la prestation moyenne du rappeur américain en villégiature européenne. On se souviendra pêle-mêle de quelques évocations de morceaux constitutifs de ma culture rap tel que My Life, Got You, Push ou encore les monuments Oh no et Simon Says. Les plus exigeants d’entre nous regretteront un son extrêmement fort (toujours pour un dimanche soir) et l’oubli de quelques classiques (the Light, Gun Draws, Behind Closed Doors, Agent Orange, tout Organized Konfusion). Ce qu’on a surtout vu, ce qui nous a surtout marqué, ce qui à lui seul aurait mérité les milliers de francs que coutait cette soirée, c’est un choriste absolument étudié pour le show, une machine de guerre. Une sorte de rêve de casteur de télé-crochets, le mec qui vit son truc jusque ce que son coeur cède. Un look sans précédent, mélange de veste en cuir remontée au coude et de marcel noir, de lunettes de soleil et de Jesus Piece. Quelqu’un pouvant tour à tour évoquer au spectateur Freeman d’IAM époque zoulous et 2PAC de Death Row époque vivant, le tout porté par un sens de l’acting à côté duquel le jeu de n’importe quel acteur de Plus belle la vie mériterait un Oscar.
Bref, j’avais jamais ri aux larmes à un concert avant hier soir.

LeMaiRe.